Le féminisme et l'homosexualité pris pour cible.

VATICAN. Un document du cardinal Josef Ratzinger met en cause les modèles sociaux qui nient les différences sexuelles.

Les 14 et 15 août, Jean-Paul II sera en visite à Lourdes. Il viendra prier la Vierge, la proposant en modèle à tous les croyants. C'est dans ce contexte que le cardinal Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, vient d'envoyer aux 4000 évêques du monde entier un document qui suscite déjà la colère des théologiens progressistes.

Dans la première partie de son texte, le cardinal Ratzinger s'élève contre toutes les discriminations de carrière et de rémunération dont souffrent les femmes au travail. Il parle des mères au foyer qui "se sentent défavorisées, économiquement pénalisées", et reconnaît que le modèle de la maternité n'est pas le seul et qu'il convient de ne pas "enfermer la femme dans un destin purement biologique".

Doublement perverti. Après s'être ainsi fait le héraut de la promotion de la femme, le Vatican passe à l'offensive contre un féminisme radical qu'il estime doublement perverti. D'une part, parce qu'il tiendrait à faire de la femme un rival de l'homme, ce qui conduirait à une "confusion délétère" de l'identité et du rôle de l'homme et de la femme.

D'autre part, parce qu'il ignorerait la "différence sexuelle" au profit d'une "différence culturelle". Pour le cardinal Ratzinger, l'égalité des sexes ne doit conduire ni à l'indifférenciation, ni l'homosexualité être mise sur le même pied que l'hétérosexualité. Avec, dans ce cas, le risque de créer "un modèle nouveau de sexualité polymorphe".

Repères brouillés. Au total, nier la différence entre homme et femme, c'est brouiller les repères, au risque d'accroître la suprématie du modèle masculin. Ce texte suscite déjà la controverse. Ainsi, des théologiennes américaines considèrent que l'Eglise romaine refuse d'aller au bout de sa logique égalitariste et n'a toujours pas accepté la libération sexuelle de la femme. Elles regrettent que l'Eglise n'ait jamais donné la parole aux femmes sur les questions qui les concernent (contraception, procréation, etc.), qu'elle les exclut du sacerdoce, etc.

On le voit, à quelques jours de la venue du pape à Lourdes, le document du cardinal Ratzinger est au coeur de ce qui sépare l'Eglise catholique et la société d'aujourd'hui.

Source : Sud Ouest, édition du samedi 7 août 2004, p.1-4.