Lez News

08 juillet 2004

Marie-Ange et Valérie se diront « oui » en mairie

L'événement Bobigny


LE 25 SEPTEMBRE, Valérie et Marie-Ange se passeront la bague au doigt dans la salle des mariages de l'hôtel de ville de Bobigny, en présence de son maire (PCF), Bernard Birsinger, ceint de son écharpe tricolore. L'union de ces deux homosexuelles, l'automne prochain, sera une première dans la ville-préfecture. La cérémonie s'annonce comme « officieuse », c'est-à-dire sans aucune implication juridique, contrairement à celle « officielle » de deux hommes le 6 juin dernier à Bègles (Gironde) lorsque l'édile (Vert), Noël Mamère, avait célébré le mariage de deux hommes.
« C'est gênant pour le maire, ça peut lui coûter cher (NDLR : Noël Mamère a été suspendu de ses fonctions pour une durée d'un mois par le ministère de l'Intérieur) . On lui demandera sans doute une union officielle lors d'une seconde étape. De toute façon, la reconnaissance du mariage homosexuel est inéluctable », insiste Valérie, la quarantaine.
« La dimension sentimentale n'a pas été prise en compte » Les deux femmes, qui vivent ensemble depuis deux ans, n'ont pas attendu le battage médiatique autour de l'« affaire » de Bègles pour faire part de leur voeu au premier magistrat de Bobigny. « On lui a envoyé un courrier au début de l'année, puis on l'a rencontré », précise Marie-Ange, 31 ans, qui, comme sa future épouse, travaille auprès des personnes âgées. A l'origine de cette doléance, une cérémonie de Pacs (pacte civil de solidarité) jugée très « froide » au printemps 2003. Les deux lesbiennes gardent, en effet, un souvenir désagréable de leur passage dans un bureau du tribunal d'instance. « Cela a duré à peine cinq minutes. C'était une simple signature en bas d'un papier. La dimension sentimentale n'a pas été prise en compte », regrette Valérie, pour qui le Pacs, malgré ses avancées, compte de nombreux défauts. « Se rendre au tribunal, c'est malsain ! D'habitude, on va là-bas pour un jugement. Il faut savoir aussi que l'on doit attendre trois ans avant de pouvoir faire une déclaration d'impôts commune », s'indigne-t-elle. Le 25 septembre, jour de « concrétisation de l'amour », l'ambiance promet d'être radicalement différente. « On va pouvoir faire la fête », s'enthousiasme Marie-Ange, qui a « toujours rêvé d'un mariage de conte de fées ». Pas moins de quatre-vingts invités de toutes les générations prendront place à la mairie. « On se dira oui devant nos familles. On aura chacune deux témoins », annonce Marie-Ange. « On sera évidemment bien habillées, mais on ne tombera pas dans la caricature. Il n'y aura pas un costume-cravate et une robe blanche », préviennent-elles. Lors de ces noces rebelles, le maire remettra au couple un livret symbolique avant d'offrir un vin d'honneur aux convives. A l'issue de cet événement solennel dans une maison de la République, toute la bande se retrouvera dans une guinguette romantique des bords de Marne. Et après ? « On envisage d'avoir des enfants dans quelques années en ayant recours à l'insémination à l'étranger », promettent les amoureuses. « On vit notre vie comme tout le monde. On ne se montre pas, on ne se cache pas. On est complètement intégrées à la société, même si aux yeux de certains on est hors norme. Ce sont les autres qui vous font différents », concluent-elles.




BOBIGNY, LE 1er JUILLET. Fin septembre, la cérémonie qui unira Marie-Ange et Valérie à la mairie de Bobigny sera « officieuse » : elle n'aura pas d'implication juridique. (LP/V.Md.)


Vincent Mongaillard
Le Parisien , jeudi 08 juillet 2004

Source : http://www.leparisien.com/home/maville/seinesaintdenis/article.htm?articleid=241081278

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